Votre riz est contaminé à l’arsenic et les galettes de riz sont encore pires

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Le riz est la céréale la plus consommée sur la planète – et l’une des plus contaminées aux métaux lourds. En 2025, une étude relayée par La Presse révélait que la totalité des échantillons de riz testés contenait de l’arsenic inorganique, la forme la plus dangereuse pour la santé humaine. En France, chaque habitant consomme en moyenne 5 kilos de riz par an, selon les données de consommation relevées par l’UFC-Que Choisir, sans jamais être informé du risque réel.

L’arsenic inorganique est classé en Groupe 1 par le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC), ce qui signifie qu’il est un cancérogène avéré pour l’être humain – au même titre que le tabac ou l’amiante. Le riz accumule dix fois plus d’arsenic que les autres céréales, non pas à cause d’un accident industriel, mais en raison d’une caractéristique fondamentale de sa culture : les rizières inondées. Ce n’est pas le riz que vous achetez qui est anormal – c’est la norme, pour toutes les variétés, bio ou non, blanc ou complet, basmati ou thaï.

Certains produits dérivés comme les galettes de riz ou les laits de riz concentrent des taux d’arsenic pouvant atteindre cinq fois celui du riz cuit, et ils sont donnés quotidiennement aux enfants. Les enfants, précisément, sont les plus exposés : leur poids corporel plus faible signifie qu’ils atteignent les seuils préoccupants bien plus vite qu’un adulte. La bonne nouvelle existe, elle est scientifiquement validée : une méthode de cuisson en deux temps permet d’éliminer jusqu’à 73 % de l’arsenic présent dans votre riz. Mais elle est méconnue, peu diffusée, et jamais mentionnée sur les emballages.

Pourquoi le riz accumule dix fois plus d’arsenic que les autres céréales

Le riz est la seule grande céréale cultivée dans des champs inondés – et c’est précisément cette particularité agronomique qui en fait une éponge à arsenic. Quand un sol est saturé d’eau, les bactéries qui y vivent consomment tout l’oxygène disponible et créent ce qu’on appelle des conditions anaérobies. Dans cet environnement sans oxygène, l’arsenic fixé aux particules du sol se libère sous une forme soluble, directement accessible aux racines de la plante. Les autres céréales, cultivées en conditions aérobies (sol sec ou peu humide), ne bénéficient pas de ce mécanisme de libération.

Le riz absorbe ensuite cet arsenic soluble via les mêmes transporteurs moléculaires qu’il utilise pour capter le silicium, un nutriment dont il a besoin pour se développer. Cette confusion biologique – l’arsenic imitant chimiquement le silicium – explique pourquoi la plante ne « sait pas » qu’elle accumule un poison. Elle fait simplement ce pour quoi elle est programmée, et l’arsenic entre dans la chaîne alimentaire par la grande porte. C’est un mécanisme inscrit dans la biologie même de la plante, impossible à éliminer par une modification des pratiques agricoles seule.

Le résultat est sans appel : le riz concentre en moyenne dix fois plus d’arsenic inorganique que les autres céréales comme le blé, l’orge ou l’avoine (EFSA, rapport sur l’arsenic dans les aliments, 2014). Ce n’est pas une anomalie ou un problème de contamination industrielle accidentelle. C’est une réalité structurelle liée à la façon dont le riz est cultivé depuis des millénaires. Elle concerne la totalité des rizières de la planète, des champs d’Asie aux rizières de Camargue.

Ce mécanisme d’absorption est aggravé par des décennies de pratiques humaines. Les pesticides arsenicaux, utilisés massivement dans l’agriculture américaine jusque dans les années 1980, ont laissé des résidus durables dans les sols de nombreuses régions productrices. La combustion de charbon, l’exploitation minière et l’industrie chimique ont également dispersé de l’arsenic dans l’environnement, qui finit inévitablement par s’accumuler dans les terres agricoles et les eaux d’irrigation. Le riz, céréale d’inondation, se retrouve ainsi au carrefour de toutes ces contaminations.

Il existe deux formes d’arsenic dans les aliments : l’arsenic organique, relativement peu toxique, et l’arsenic inorganique, la forme cancérogène. Le riz contient principalement de l’arsenic inorganique, ce qui le distingue de nombreux produits de la mer – poissons, fruits de mer – qui contiennent surtout de l’arsenic organique et sont donc moins préoccupants pour la santé humaine malgré des teneurs absolues parfois plus élevées. Cette distinction est fondamentale pour comprendre pourquoi le riz mérite une attention particulière que d’autres aliments ne justifient pas.

Des sols empoisonnés aux grains : comment l’arsenic arrive dans votre assiette

L’arsenic est un métalloïde naturellement présent dans la croûte terrestre, mais son abondance dans nos sols agricoles est largement amplifiée par l’activité humaine. Dans certaines régions productrices de riz – notamment dans le sud des États-Unis (Arkansas, Louisiana, Texas), au Bangladesh et dans certaines zones d’Asie du Sud-Est – les teneurs en arsenic des sols et des eaux souterraines atteignent des niveaux qui seraient considérés comme alarmants dans n’importe quel autre contexte environnemental.

Une fois que l’arsenic entre dans la plante, il ne reste pas uniformément réparti dans le grain. Il se concentre préférentiellement dans les couches externes – le son et le germe – qui sont précisément les parties préservées dans le riz complet. C’est pourquoi le riz brun contient en moyenne 80 % d’arsenic de plus que le riz blanc poli, dont on a retiré ces couches au cours du processus de raffinage (Consumer Reports, 2014 ; données confirmées par EFSA). Cette information est d’une importance capitale, mais elle est systématiquement absente des discours en faveur du « riz complet plus sain ».

Une étude de Consumer Reports, portant sur 200 échantillons de riz de différentes variétés et origines, a montré que 24 d’entre eux dépassaient le seuil de 5 microgrammes d’arsenic inorganique par portion. Ces résultats ont conduit l’organisation à recommander de limiter la consommation hebdomadaire de riz à deux portions pour les adultes, et moins encore pour les enfants. Cette recommandation, pourtant émise il y a plus d’une décennie, n’a jamais été relayée par les autorités sanitaires françaises ni traduite en recommandations officielles.

Le voyage de l’arsenic du sol à l’assiette ne s’arrête pas à la récolte. L’eau de cuisson joue également un rôle crucial : si vous cuisez votre riz dans de l’eau contenant elle-même de l’arsenic – comme certaines eaux du robinet dans des régions géologiquement exposées – vous ajoutez une dose supplémentaire à celle déjà présente dans le grain. C’est l’une des raisons pour lesquelles les chercheurs insistent sur l’importance de l’eau utilisée pour la cuisson, pas seulement sur le rinçage du riz brut. En France métropolitaine, les eaux du robinet respectent généralement les normes en arsenic fixées à 10 microgrammes par litre, mais dans certaines régions granitiques du Massif Central ou des Vosges, des dépassements ont été relevés par les services d’hygiène.

Riz blanc, brun, basmati : tous contaminés, mais pas de la même façon

Tous les riz contiennent de l’arsenic inorganique – c’est un fait établi, documenté par toutes les agences sanitaires mondiales. Mais les écarts entre variétés sont considérables, et choisir le bon type de riz constitue la première ligne de défense à votre disposition.

Le riz blanc standard contient en moyenne 90 microgrammes d’arsenic par kilogramme. Le riz complet (brun) atteint 150 microgrammes par kilogramme – soit 67 % de plus (données ATC Toxicologie, basées sur les analyses de l’EFSA). Ce chiffre devrait figurer sur chaque paquet de riz complet vendu en France, mais il n’y figure pas. La mention « naturellement complet » sur les emballages ne donne aucune indication sur la charge en arsenic.

Le riz basmati blanc, cultivé principalement en Inde, au Pakistan et en Californie, s’impose comme la variété la moins contaminée disponible sur le marché européen. Une analyse de Consumer Reports a montré que le riz basmati blanc de ces trois origines contient en moyenne deux fois moins d’arsenic inorganique que la plupart des autres types de riz. L’explication est géographique : les sols de ces régions présentent des teneurs en arsenic naturellement plus faibles que ceux du sud des États-Unis ou de certaines zones d’Asie du Sud-Est.

À l’opposé du spectre, le riz brun américain – Arkansas, Louisiana, Missouri, Texas – affiche les niveaux les plus élevés parmi les variétés couramment vendues en Europe. Le riz thaï, généralement plus riche en arsenic que le basmati, se situe dans une zone intermédiaire préoccupante. Le riz de Camargue, cultivé en France dans le delta du Rhône, bénéficie de sols relativement moins contaminés, mais il n’échappe pas pour autant au problème structurel des rizières inondées.

Un mythe tenace mérite d’être démoli : le riz bio n’est pas moins contaminé que le riz conventionnel. L’arsenic est présent dans les sols et l’eau d’irrigation, indépendamment des pratiques culturales. Un label Agriculture Biologique ne garantit aucunement une teneur réduite en arsenic inorganique. Ce point est confirmé par les analyses de l’EFSA et de l’UFC-Que Choisir, qui ont trouvé des taux comparables dans les références bio et conventionnelles. Payer plus cher pour du riz biologique ne vous protège pas davantage de l’arsenic.

Le riz à sushi et le riz rond, populaires dans la cuisine asiatique et méditerranéenne, présentent des profils de contamination variables selon leur origine géographique. Le riz à sushi japonais est généralement cultivé dans des conditions mieux contrôlées, mais les variétés importées de moindre coût – parfois d’origines non précisées sur l’étiquette – peuvent présenter des teneurs plus préoccupantes. L’opacité sur l’origine précise des riz vendus en France reste l’un des obstacles majeurs à une information réelle des consommateurs.

Galettes, laits et céréales de riz : les pièges que personne ne vous signale

Les galettes de riz soufflé concentrent de l’arsenic à des niveaux pouvant atteindre cinq fois celui du riz cuit normal. Ce phénomène s’explique par le processus de soufflage : la chaleur intense et la pression évaporent l’eau contenue dans le grain, mais ne réduisent pas la charge en arsenic. Le résultat est un aliment dont la teneur en arsenic par unité de poids est considérablement plus élevée que celle du riz brut.

Les galettes de riz sont promues comme un en-cas « sain », « léger » et « naturel ». Elles constituent l’une des alternatives préférées des personnes intolérantes au gluten, qui les consomment en grande quantité et au quotidien. Une galette de riz standard de 9 grammes peut contenir jusqu’à 1 microgramme d’arsenic inorganique, ce qui paraît modeste mais devient préoccupant quand on en consomme cinq ou six par jour – une habitude commune chez les personnes suivant un régime sans gluten. Sur une semaine de consommation régulière, l’accumulation est significative.

Le lait de riz représente un autre point de vigilance majeur, particulièrement pour les jeunes enfants. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le processus de transformation du riz en boisson ne réduit pas significativement la teneur en arsenic. Des analyses de Test Achats et de l’EFSA ont montré que certains laits de riz pour enfants dépassaient les seuils recommandés pour une consommation quotidienne. Des organismes comme l’Agence britannique des normes alimentaires (FSA) ont d’ailleurs explicitement déconseillé le lait de riz aux enfants de moins de cinq ans.

Le Clean Label Project, une organisation américaine indépendante d’analyse alimentaire, a testé en 2019 les aliments pour bébés disponibles sur le marché : 65 % des produits à base de riz destinés aux nourrissons contenaient de l’arsenic à des niveaux détectables, et une proportion significative dépassait les seuils jugés acceptables pour cette tranche d’âge. Ces résultats ont été largement ignorés par la grande distribution française. Les céréales infantiles au riz – souvent données dès 4 à 6 mois – méritent une attention particulière que les étiquettes actuelles ne permettent absolument pas d’exercer.

Les biscuits, crackers et snacks à base de farine de riz, très présents dans les rayons diététiques et « sans gluten », s’inscrivent dans la même logique de concentration. Leur processus de fabrication – cuisson à haute température, réduction de l’humidité – ne réduit pas l’arsenic. Ces produits constituent une source d’exposition supplémentaire souvent négligée, d’autant qu’ils sont fréquemment présentés comme des alternatives « plus saines » aux snacks à base de blé.

Ce que l’arsenic fait réellement à votre corps sur le long terme

L’arsenic inorganique est un cancérogène de Groupe 1 selon le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC/IARC), la même catégorie que le tabac et l’amiante. Cette classification, établie sur la base de données scientifiques convergentes, signifie que le lien de causalité entre exposition à l’arsenic inorganique et développement de certains cancers chez l’humain est avéré – pas seulement plausible ou possible. Il ne s’agit pas d’une supposition ou d’un risque théorique.

Les cancers les plus fréquemment associés à une exposition chronique à l’arsenic inorganique sont les cancers de la peau, de la vessie et du poumon (IARC, 2012 ; OMS, Fiche technique arsenic, mise à jour 2023). La particularité de ces associations est qu’elles concernent une exposition chronique à faibles doses – exactement le type d’exposition qu’on observe avec une consommation régulière de riz sur plusieurs années ou décennies. Ce n’est pas une intoxication aiguë qui tue en quelques heures. C’est une accumulation silencieuse qui augmente progressivement le risque.

Au-delà du risque cancérogène, l’arsenic inorganique est impliqué dans le développement des maladies cardiovasculaires et du diabète de type 2. Des études épidémiologiques menées au Bangladesh – où les expositions à l’arsenic via l’eau contaminée sont particulièrement étudiées – ont montré des corrélations significatives entre exposition chronique à l’arsenic et augmentation de la pression artérielle, arythmies cardiaques et résistance à l’insuline. Ces mécanismes, bien documentés pour des expositions élevées, préoccupent de plus en plus les chercheurs à des doses plus faibles.

L’arsenic inorganique est également reconnu comme perturbateur endocrinien probable. Il interfère avec le fonctionnement des hormones thyroïdiennes et des hormones sexuelles, avec des conséquences potentielles sur la fertilité et le développement. Chez les femmes enceintes, une exposition à l’arsenic pendant la grossesse a été associée à des effets mesurables sur le développement cognitif des enfants : selon des travaux publiés dans Environmental Health Perspectives, les enfants nés de mères exposées à des taux plus élevés d’arsenic présentaient des performances cognitives inférieures à l’âge de 3 ans, après ajustement pour d’autres facteurs.

Un point souvent occulté dans les discussions sur le risque : l’absence de seuil d’innocuité. Pour la plupart des contaminants chimiques, les réglementations fixent des seuils en dessous desquels le risque est jugé négligeable. Pour l’arsenic inorganique, l’EFSA a reconnu explicitement qu’il n’existe pas de dose en dessous de laquelle le risque cancérogène est strictement nul. Toute exposition contribue à un risque résiduel, même faible. Cette réalité scientifique devrait changer fondamentalement la façon dont les pouvoirs publics communiquent sur le riz – mais elle est soigneusement gardée hors du débat public.

Enfants, femmes enceintes et consommateurs sans gluten : les premières victimes invisibles

Les enfants sont les premières victimes de l’arsenic alimentaire, pour une raison mathématique simple : leur poids corporel est inférieur à celui des adultes, ce qui signifie qu’une même dose d’arsenic représente une concentration bien plus élevée dans leur organisme. L’EFSA a établi que l’exposition acceptable à l’arsenic inorganique se situe entre 0,3 et 8 microgrammes par kilogramme de poids corporel par jour. Pour un enfant de 10 kilos, ce seuil peut être atteint avec deux petites portions de céréales de riz par jour – un scénario tout à fait réaliste dans de nombreux foyers français.

Les nourrissons qui reçoivent des préparations à base de riz constituent le groupe le plus vulnérable. Une portion de 50 grammes de céréales infantiles au riz – soit environ deux portions standard – peut suffire à dépasser le seuil préoccupant pour un bébé de poids moyen (Test Achats, analyse 2022). Cette information n’est jamais mentionnée sur les emballages, et les pédiatres français ne sont pas systématiquement formés à informer leurs patients de ce risque.

Les personnes intolérantes au gluten ou souffrant de la maladie cœliaque constituent un autre groupe à risque particulièrement exposé. Pour se passer de blé, d’orge et de seigle, elles se tournent massivement vers les produits à base de riz : pâtes de riz, pain de riz, galettes, biscuits, farines. Le résultat est une exposition quotidienne à l’arsenic sensiblement plus élevée que la moyenne de la population. Une étude publiée dans le Journal of Human Nutrition and Dietetics en 2015 a montré que les personnes suivant un régime sans gluten présentaient des taux d’arsenic urinaire significativement plus élevés que ceux des témoins mangeant du gluten. L’ironie est cruelle : en cherchant à manger « plus sainement », certains consommateurs augmentent leur exposition à un cancérogène avéré.

Les femmes enceintes se trouvent dans une position particulièrement délicate. Elles sont souvent conseillées de consommer des féculents facilement digestibles, parmi lesquels le riz figure en bonne place. La recommandation de varier les sources de féculents – y compris pour les femmes enceintes – est pourtant scientifiquement justifiée et devrait faire partie des conseils nutritionnels standards en cabinet médical. Elle ne l’est pas encore dans les recommandations officielles françaises du Programme National Nutrition Santé (PNNS).

Les personnes âgées, dont les capacités d’élimination rénale diminuent avec l’âge, sont également plus vulnérables à l’accumulation d’arsenic. Combiné à une consommation quotidienne de riz – céréale souvent recommandée pour sa digestibilité chez les seniors – cela représente un facteur de risque supplémentaire rarement évoqué par les professionnels de santé. La recommandation de varier les féculents s’applique à toutes les tranches d’âge, mais particulièrement aux populations aux extrémités de la courbe démographique.

Comment éliminer jusqu’à 73 % de l’arsenic grâce à une méthode validée scientifiquement

La méthode PBA (Pre-Boil and Absorb, soit « préébullition et absorption ») est la technique de cuisson la plus efficace actuellement disponible pour réduire l’arsenic dans le riz cuit. Elle a été développée et publiée par des chercheurs, et reproduite dans plusieurs travaux indépendants. Selon cette méthode, il est possible d’éliminer entre 54 et 73 % de l’arsenic inorganique présent dans le riz, selon la variété et l’origine.

Voici comment appliquer la méthode PBA en pratique. Portez à ébullition quatre fois le volume d’eau par rapport au volume de riz. Ajoutez le riz et laissez-le cuire cinq minutes à feu vif, dans cette grande quantité d’eau. Videz ensuite toute l’eau de cuisson – c’est l’étape cruciale que la plupart des cuisiniers omettent. Ajoutez enfin deux fois le volume d’eau fraîche et terminez la cuisson à feu doux jusqu’à absorption complète. L’arsenic, étant hydrosoluble, passe dans l’eau de cuisson lors de la première phase et est éliminé avec elle.

Cette méthode en deux temps est nettement plus efficace que le simple rinçage du riz avant cuisson, qui ne réduit l’arsenic que de 10 à 15 % environ. Elle est également supérieure à la cuisson dans une grande quantité d’eau sans préébullition, qui élimine entre 35 et 45 % de l’arsenic selon les données de l’ATC Toxicologie. L’inconvénient de la méthode PBA est qu’elle entraîne une légère perte de certains nutriments hydrosolubles comme les vitamines du groupe B. Mais le compromis est largement favorable : réduire de 73 % son exposition à un cancérogène avéré justifie amplement une légère diminution d’apports nutritifs compensables par d’autres aliments.

Une alternative intéressante, recommandée par certains chercheurs en toxicologie alimentaire, consiste à faire tremper le riz dans l’eau pendant 12 à 24 heures avant cuisson, puis à changer l’eau et à appliquer la méthode PBA. Cette combinaison trempage-préébullition permettrait d’atteindre des réductions de l’arsenic encore plus élevées, approchant les 80 %. Pour ceux qui n’ont pas le temps de planifier la veille, la méthode PBA seule reste un compromis très efficace.

D’autres gestes complémentaires contribuent à réduire l’exposition. Rincer abondamment le riz à l’eau froide avant cuisson, pendant 30 à 60 secondes, élimine une partie des résidus de surface. Utiliser une eau de cuisson de bonne qualité – eau filtrée ou eau de source à faible teneur en arsenic – évite d’ajouter une contamination supplémentaire. Varier les céréales en alternant riz avec quinoa, millet, sarrasin et avoine permet de diluer l’exposition globale sur la semaine, indépendamment de la qualité du riz choisi.

La réglementation européenne protège-t-elle vraiment les consommateurs ?

La réglementation européenne sur l’arsenic dans le riz existe – et elle a récemment évolué. Le Règlement UE 2023/465, entré en vigueur en 2023, fixe les teneurs maximales en arsenic inorganique pour différentes catégories de riz : 0,20 mg/kg pour le riz blanc poli, 0,25 mg/kg pour le riz brun, et 0,10 mg/kg pour les aliments destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants. Ces seuils sont plus stricts que les précédents, ce qui constitue un progrès réel et tangible.

Mais la question cruciale est celle-ci : ces seuils protègent-ils réellement la population ? L’EFSA elle-même a reconnu qu’il n’existe pas de seuil d’exposition à l’arsenic inorganique en dessous duquel le risque cancérogène est nul. La notion de « teneur maximale réglementaire » est donc par définition un compromis entre protection sanitaire maximale et faisabilité économique pour la filière rizicole. Les seuils réglementaires reflètent ce que les producteurs peuvent atteindre avec les pratiques actuelles – pas nécessairement ce qui est sans risque pour la santé.

Un autre angle mort de la réglementation concerne les produits dérivés du riz. Pendant longtemps, les galettes de riz, les biscuits de riz et les laits de riz échappaient aux seuils stricts fixés pour le riz brut. Le Règlement 2023/465 a commencé à combler ces lacunes, mais l’application sur le terrain reste inégale et le contrôle analytique des produits commerciaux ne couvre qu’une fraction des références disponibles. Les consommateurs font face à une quasi-opacité : aucune étiquette ne mentionne la teneur réelle en arsenic d’un paquet de galettes de riz.

La comparaison internationale est instructive. Le Codex Alimentarius – le code de référence mondial pour la sécurité alimentaire, développé conjointement par la FAO et l’OMS – fixe un seuil de 0,20 mg/kg pour le riz blanc, identique à la réglementation européenne. Mais des pays comme la Chine appliquent des seuils plus stricts pour certaines catégories de produits. Au Canada, Santé Canada a récemment engagé une procédure pour intégrer des concentrations maximales d’arsenic inorganique dans sa liste de contaminants pour le riz blanc et le riz brun – une démarche qui souligne que même les pays développés n’ont pas tous terminé d’encadrer ce problème.

Ce silence réglementaire sur les étiquettes a des conséquences directes sur les comportements des consommateurs. Sans information visible sur l’emballage, il est impossible pour un acheteur ordinaire de comparer deux paquets de riz sur la base de leur teneur en arsenic. La transparence que la réglementation impose pour le sel, le sucre ou les graisses saturées ne s’applique pas encore aux contaminants comme l’arsenic. Ce vide ne sert pas les intérêts des consommateurs.

Réduire son exposition dès aujourd’hui : les choix concrets qui changent tout

La réduction de l’exposition à l’arsenic du riz passe d’abord par une décision simple : choisir les variétés les moins contaminées. Le riz basmati blanc d’Inde, du Pakistan ou de Californie est systématiquement le moins chargé en arsenic parmi les variétés disponibles en France. Ce n’est pas un produit de niche : on le trouve dans tous les supermarchés, à un prix comparable aux autres types de riz. Ce choix seul peut réduire votre exposition de moitié par rapport à des variétés plus chargées.

Diminuer la fréquence de consommation des produits dérivés du riz est la deuxième mesure la plus impactante. Les galettes de riz, les biscuits de riz, les laits de riz et les crèmes de riz pour bébés représentent une source d’exposition souvent sous-estimée, parfois supérieure au riz cuit lui-même. Leur substitution par des équivalents à base d’avoine, de sarrasin ou de maïs – pour ceux qui tolèrent ces aliments – constitue un ajustement immédiatement bénéfique que même les personnes intolérantes au gluten peuvent envisager.

Pour les parents de jeunes enfants, la prudence s’impose particulièrement avec les céréales infantiles au riz, qui représentent souvent le premier aliment solide introduit dès 4 à 6 mois. Des alternatives à base d’avoine ou de millet sont disponibles et présentent des teneurs en arsenic inorganique considérablement plus faibles. La Haute Autorité de Santé (HAS) n’a pas encore émis de recommandation spécifique et officiellement contraignante sur ce point en 2026, mais plusieurs pédiatres nutritionnistes recommandent déjà de ne pas faire du riz la seule céréale de l’alimentation du nourrisson.

En 2025, une étude canadienne publiée et relayée par plusieurs médias d’Amérique du Nord a montré que le réchauffement climatique risque d’aggraver le problème dans les prochaines décennies : l’augmentation des températures et la modification des cycles hydrologiques favorisent la mobilisation de l’arsenic dans les sols de riziculture. Ce n’est pas une menace lointaine et abstraite – c’est un processus déjà en cours, qui justifie d’intégrer dès maintenant de meilleures habitudes alimentaires. Diversifier ses sources de glucides complexes, appliquer la méthode PBA pour la cuisson du riz, et rester attentif aux futures évolutions réglementaires sont les gestes les plus efficaces qu’un consommateur puisse poser aujourd’hui pour protéger sa santé et celle de sa famille.

Questions fréquentes

Le riz bio contient-il moins d'arsenic que le riz conventionnel ?

Non, le riz biologique n'est pas moins contaminé à l'arsenic que le riz conventionnel. L'arsenic est présent naturellement dans les sols et les eaux d'irrigation, indépendamment des pratiques agricoles. Les analyses de l'EFSA et de l'UFC-Que Choisir ont montré des niveaux comparables dans les références bio et conventionnelles. Seul le choix de la variété et de l'origine géographique joue un rôle significatif sur la teneur en arsenic.

Quelle est la variété de riz la moins contaminée à l'arsenic ?

Le riz basmati blanc, cultivé en Inde, au Pakistan ou en Californie, est systématiquement celui qui présente les plus faibles teneurs en arsenic inorganique parmi les variétés disponibles en Europe. Une analyse de Consumer Reports a montré qu'il contient en moyenne deux fois moins d'arsenic que la plupart des autres types de riz. À l'inverse, le riz brun et le riz blanc du sud des États-Unis affichent les teneurs les plus élevées. Le riz de Camargue se situe dans une zone intermédiaire, relativement favorable.

Faut-il arrêter de manger du riz à cause de l'arsenic ?

Non, il n'est pas nécessaire d'éliminer complètement le riz de son alimentation. Le risque lié à l'arsenic est une question d'exposition chronique et cumulée, pas d'une consommation occasionnelle. Les recommandations des experts consistent à varier les sources de céréales plutôt qu'à consommer du riz quotidiennement, à choisir du riz basmati blanc, à appliquer la méthode de cuisson en deux temps, et à limiter les produits dérivés comme les galettes et laits de riz. Ces ajustements permettent de réduire significativement l'exposition sans renoncer au riz.

La méthode de rinçage du riz suffit-elle à éliminer l'arsenic ?

Le rinçage seul est insuffisant. Rincer le riz à l'eau froide avant cuisson réduit l'arsenic de seulement 10 à 15 %. La méthode la plus efficace est la technique PBA (préébullition et absorption) : faire bouillir le riz dans quatre fois son volume d'eau pendant 5 minutes, jeter cette première eau, puis cuire dans deux fois son volume d'eau fraîche jusqu'à absorption complète. Cette méthode permet d'éliminer entre 54 et 73 % de l'arsenic inorganique, selon la variété de riz utilisée.

Les galettes de riz sont-elles vraiment problématiques pour la santé ?

Les galettes de riz soufflé sont l'un des produits dérivés du riz les plus concentrés en arsenic. Le processus de soufflage élimine l'eau du grain mais ne réduit pas l'arsenic, qui se retrouve donc concentré dans un aliment très léger consommé en grande quantité. Leur teneur en arsenic peut atteindre cinq fois celle du riz cuit ordinaire. Elles sont particulièrement problématiques pour les enfants et les personnes intolérantes au gluten qui en consomment régulièrement et en grande quantité au quotidien.

Les enfants peuvent-ils manger du riz sans danger ?

Les enfants peuvent manger du riz, mais avec plus de précautions que les adultes, car leur poids corporel plus faible les rend plus vulnérables. L'EFSA recommande de ne pas donner de lait de riz aux enfants de moins de 5 ans comme substitut au lait. Les céréales infantiles à base de riz doivent être limitées et alternées avec des alternatives à base d'avoine ou de millet. Pour les enfants plus grands, les recommandations sont de varier les céréales et de ne pas consommer de riz ou de produits dérivés à chaque repas.

Le riz brun est-il vraiment plus dangereux que le riz blanc ?

Oui, pour ce qui concerne l'arsenic. Le riz brun contient en moyenne 80 % plus d'arsenic inorganique que le riz blanc poli, parce que l'arsenic se concentre dans les couches extérieures du grain - le son et le germe - qui sont retirées lors du raffinage. Cette réalité contredit l'idée reçue selon laquelle le riz complet est toujours supérieur nutritionnellement. Si le riz brun apporte plus de fibres et de minéraux, il expose aussi à une dose sensiblement plus élevée de cancérogène. Un équilibre raisonnable consiste à limiter le riz brun à deux ou trois fois par semaine maximum.

Le réchauffement climatique va-t-il aggraver la contamination du riz à l'arsenic ?

Oui, selon plusieurs études récentes. Une étude de 2025 relayée par des médias canadiens et québécois a montré que l'augmentation des températures et la modification des cycles hydrologiques liées au changement climatique favorisent la mobilisation de l'arsenic dans les sols des rizières. Des températures plus élevées accélèrent l'activité bactérienne qui rend l'arsenic soluble dans les sols inondés, et les sécheresses suivies d'inondations accentuent ce phénomène. Les chercheurs anticipent une augmentation des teneurs en arsenic dans le riz dans les régions productrices les plus touchées par le réchauffement.

Sources

1. EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) - "Dietary exposure to inorganic arsenic in the European population" - EFSA Journal (2014)
2. CIRC/IARC (Centre international de Recherche sur le Cancer) - "Arsenic, Metals, Fibres and Dusts" - IARC Monographs Volume 100C (2012)
3. Consumer Reports - "Arsenic in your food" - Consumer Reports (2012, mis à jour 2014)
4. Clean Label Project - "Baby Food Report" - Clean Label Project (2019)
5. Test Achats / Testaankoop - "Arsenic dans le riz : analyse de 235 échantillons" - Test Achats (2022)
6. ATC Toxicologie - "Consommer du riz et diminuer notre exposition à l'arsenic minéral" - ATC Toxicologie (basé sur publications EFSA et Zhao et al.)
7. UFC-Que Choisir - "Riz : une contamination à l'arsenic à prendre en compte" - Que Choisir Ensemble (2023)
8. Commission européenne - Règlement (UE) 2023/465 modifiant les teneurs maximales en arsenic inorganique pour certains aliments - Journal officiel de l'UE (2023)
9. Environmental Health Perspectives - "Arsenic exposure and cognitive development in children" - Environmental Health Perspectives (2011)
10. Salut Bonjour / La Presse - "Le riz pourrait bientôt devenir toxique à cause du réchauffement climatique" (2025)