En août 2026, les prix des produits frais ont progressé de 5,9 % sur un an en France, alors que l’ensemble des prix à la consommation augmente de 2,4 % (Insee, août 2026). L’inflation alimentaire n’a pas disparu : elle s’est déplacée vers les fruits et légumes, ceux que les autorités sanitaires conseillent de manger chaque jour. Le marché du bio repart pourtant, avec 12,6 milliards d’euros de ventes en 2025, soit 3,6 % de plus qu’en 2024, mais sa part dans les dépenses alimentaires reste à 5,8 %, contre 6,9 % en 2020 (Agence Bio, 2026).
Une question traverse donc des millions de cuisines : comment manger local et bio malgré l’inflation, sans y laisser son budget ? La réponse habituelle tient en une liste de conseils interchangeables : cuisiner maison, acheter en vrac, manger de saison, réduire la viande. Ces conseils ne sont pas faux, mais ils passent à côté de l’essentiel : une large part du prix du bio ne rémunère pas l’agriculture biologique, elle gonfle la marge des supermarchés.
Que Choisir Ensemble, l’ancienne UFC-Que Choisir, a calculé fin mai 2026 que les enseignes réalisent une marge 81 % plus élevée sur les fruits et légumes bio que sur les conventionnels (Que Choisir Ensemble, 2026). Manger bio pas cher devient alors moins une affaire de sacrifice que de circuit : savoir où acheter, quoi acheter bio en priorité et quoi laisser en conventionnel. Cet article suit l’argent, puis la science, puis les circuits de vente, du magasin de producteurs à l’AMAP en passant par le vrac et le panier bio. L’objectif est un budget courses qui garde le bio et le local là où ils comptent, et qui cesse de payer ce qui ne protège personne.
Les supermarchés empochent 57 % du surcoût des fruits et légumes bio
La surmarge du bio est un supplément de marge brute que les supermarchés prélèvent sur les fruits et légumes biologiques, au-delà du surcoût réel de production, et qui représente 57 % de la facture supplémentaire d’un ménage moyen (Que Choisir Ensemble, 2026).
L’étude publiée fin mai 2026 par Que Choisir Ensemble s’appuie sur les données officielles du Réseau des nouvelles des marchés, placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture. Elle compare les prix de 24 fruits et légumes, onze fruits et treize légumes qui représentent 70 % de la consommation nationale, sur toute l’année 2025. Le résultat tient en un chiffre : la marge brute des enseignes est en moyenne 81 % plus élevée sur le bio que sur le conventionnel (Que Choisir Ensemble, 2026). Olivier Andrault, de Que Choisir Ensemble, admet que produire bio coûte plus cher en raison de rendements plus faibles (Olivier Andrault, Que Choisir Ensemble, 2026).
Pour un ménage moyen de 2,3 personnes, le budget annuel de fruits et légumes atteint 460 euros en conventionnel, dont 207 euros de marge brute de la distribution. Le même panier coûte 732 euros en bio, soit 272 euros de plus, environ 60 % d’écart (Que Choisir Ensemble, 2026). Sur ces 272 euros, les agriculteurs bio ne récupèrent que 103 euros, soit 38 %. Les enseignes conservent 57 % du surcoût sous forme de surmarge (Que Choisir Ensemble, 2026).
La tomate illustre le mécanisme. Le kilo se vend en moyenne 5,84 euros en bio contre 3,26 euros en conventionnel, mais l’agriculteur bio perçoit 2,19 euros, soit 37 % du prix final, quand son collègue en conventionnel touche 1,52 euro, soit 47 % (Que Choisir Ensemble, 2026). Le prix payé au producteur n’est que 44 % plus élevé en bio, tandis que la marge de la distribution grimpe de 113 % (Que Choisir Ensemble, 2026).
La surmarge sur le bio n’a rien d’accidentel. Les enquêtes précédentes de l’association relevaient déjà 96 % de marge supplémentaire en 2017, puis 75 % en 2019 (Que Choisir Ensemble, 2026). En 2017, la Fédération du commerce et de la distribution avait contesté ces conclusions en affirmant que le taux de marge brute était équivalent entre bio et conventionnel (Que Choisir, 2017).
Le Sénat a pointé la même logique quelques jours plus tôt. Le 21 mai 2026, sa commission d’enquête sur les marges des industriels et de la grande distribution a publié un rapport intitulé « Guerre des prix : agriculture et industrie en danger » (Sénat, 2026). Le texte décrit un mécanisme de péréquation des marges, qui permet aux enseignes de compenser sur certains rayons ce qu’elles rognent sur des produits vendus en masse (Sénat, 2026).
Le premier réflexe pour manger bio pas cher consiste donc à cesser de financer cette surmarge. Les étiquettes de rayon ne détaillent pas la répartition du prix, et avant de choisir entre bio et conventionnel, le consommateur averti choisit d’abord son lieu d’achat.
Pourquoi les fruits et légumes flambent-ils alors que le reste de l’alimentation stagne ?
Les prix des produits frais ont augmenté de 5,9 % sur un an en août 2026, alors que ceux de l’alimentation hors produits frais n’ont progressé que de 0,4 % (Insee, août 2026). L’Insee attribue cette accélération notamment aux vagues de chaleur, qui ont fait grimper les légumes à feuilles ou à tiges, comme les salades et les endives (Insee, août 2026). Sur trois mois, la hausse annuelle des produits frais est passée de 2,7 % en juin à 3,8 % en juillet, puis à 5,9 % en août (Insee, 2026).
Un paradoxe se dessine dans les chiffres. Les aliments que les autorités sanitaires recommandent de multiplier, les fruits et légumes frais, subissent la hausse la plus forte, alors que le reste du panier alimentaire reste presque stable. L’inflation alimentaire de 2026 renchérit donc le panier de ceux qui cuisinent des produits bruts plus vite que celui de ceux qui achètent des plats industriels.
Le bilan 2025 de l’Agence Bio montre que les consommateurs n’ont pas tourné le dos au bio : les ventes atteignent 12,6 milliards d’euros, en hausse de 3,6 %, avec des volumes en progression de 2 % et des prix en hausse de 1,6 % (Agence Bio, 2026). Les magasins spécialisés bio tirent la croissance, avec 8,5 % de ventes supplémentaires, devant la vente directe à 3,8 % et la grande distribution à 1,2 %, sa première hausse après quatre années de baisse (Agence Bio, 2026). La part du bio dans les dépenses alimentaires reste pourtant à 5,8 %, contre 6,9 % en 2020 (Agence Bio, 2026).
Les ménages modestes restent à l’écart de cette reprise. Ils achètent deux fois moins de fruits et légumes bio que la moyenne nationale, et les jeunes adultes en consomment trois fois moins que les seniors (Que Choisir Ensemble, 2026). Le prix pèse lourd dans ce décrochage : un panier bio coûte 272 euros de plus par an pour un ménage moyen (Que Choisir Ensemble, 2026).
Le calendrier agricole reste le levier le plus simple contre cette volatilité. Un fruit ou un légume de saison, cultivé en plein champ près de chez soi, évite le chauffage des serres et le transport longue distance, deux coûts qui pèsent sur le prix hors saison. En octobre, les courges, les choux, les poireaux, les carottes, les pommes et les poires remplissent les étals, et leurs prix suivent l’abondance de la récolte. Consulter un calendrier des fruits et légumes de saison avant de dresser sa liste de courses oriente le panier vers les produits les moins exposés à la volatilité des prix.
Cocktail de pesticides : quels fruits et légumes acheter en bio en priorité ?
L’effet cocktail est l’exposition simultanée à plusieurs résidus de pesticides dans un même aliment ou un même repas, qui inquiète les toxicologues parce que les seuils réglementaires sont établis substance par substance et non pour les mélanges (Laurence Payrastre, Inrae, 2025).
Les analyses officielles confirment l’ampleur du phénomène. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a relevé qu’en 2023, 42 % des denrées vendues dans l’Union européenne contenaient au moins un résidu de pesticide (EFSA, 2023). En France, les contrôles de 2020 et 2021 sur plus de 5 000 aliments ont détecté au moins 183 types de résidus différents (Que Choisir Ensemble, 2025).
Laurence Payrastre, directrice de recherche à l’Inrae, rappelle que la proportion d’aliments concernés reste à peu près la même depuis les années 2000, avec des quantités qui respectent les valeurs toxicologiques de référence (Laurence Payrastre, Inrae, 2025). Le nombre d’échantillons contenant plusieurs substances actives a en revanche doublé, et un échantillon sur quatre est désormais concerné (Générations Futures, 2025). La question ouverte ne porte donc pas sur un dépassement des normes, mais sur la protection réelle que ces normes offrent face aux mélanges, que l’équipe Toxalim de l’Inrae cherche à éclaircir (Laurence Payrastre, Inrae, 2025).
L’Observatoire des pesticides de Que Choisir Ensemble classe 63 espèces végétales selon la fréquence de contamination des échantillons non bio. Le céleri, la cerise, la pêche et la nectarine présentent au moins un résidu dans 100 % des échantillons analysés, le chou de Bruxelles dans 95 %, le melon et l’orange dans 92 %, le pamplemousse dans 91 % (Que Choisir Ensemble, 2025). Le raisin et le persil atteignent 88 %, la poire 85 % (Que Choisir Ensemble, 2025).
Les mélanges les plus chargés se trouvent dans des fruits que toutes les familles achètent. L’EFSA a détecté jusqu’à 14 résidus différents dans un seul échantillon de poire, 12 dans une orange et 11 dans un raisin de table (EFSA, 2023). Un rapport de la Fondation pour la nature et l’Homme publié fin mars 2026 place les fraises à 93 % d’échantillons contaminés et les pommes à 89 % (Fondation pour la nature et l’Homme, 2026). Côté légumes, le poivron (74 %), l’aubergine (71 %) et la courgette (59 %) arrivent en tête du même classement (Fondation pour la nature et l’Homme, 2026).
La liste inverse compte autant que la première. Le topinambour (5 %), le chou-fleur (8 %), la betterave (11 %), le maïs (15 %), la courge (16 %), l’oignon (20 %) et le kiwi (20 %) sont rarement concernés par les résidus de pesticides lorsqu’ils ne sont pas bio (Que Choisir Ensemble, 2025). Pour ces aliments, le surcoût du bio a moins d’effet sur l’exposition, et un produit conventionnel local de saison peut suffire.
Les fruits mangés avec leur peau, comme les cerises, les raisins, les fraises et les pêches, figurent en bonne place des alertes. Une règle simple consiste à réserver le budget bio à cette liste, puis à laver et éplucher le reste, deux gestes qui réduisent efficacement les pesticides de contact (Laurence Payrastre, Inrae, 2025). Un budget serré ne justifie pas de renoncer aux fruits et légumes : mieux vaut un fruit conventionnel qu’un produit gras, salé, sucré ou ultra-transformé, insiste la chercheuse (Laurence Payrastre, Inrae, 2025).
Le bio protège-t-il vraiment de la maladie, et que prouvent réellement les études ?
Une étude de la cohorte NutriNet-Santé associe la consommation fréquente d’aliments bio à un risque de cancer inférieur de 25 %, mais cette association ne prouve pas que le bio en soit la cause (Julia Baudry et Emmanuelle Kesse-Guyot, Inrae, JAMA Internal Medicine, 2018). Les chercheurs ont suivi près de 69 000 adultes français entre 2009 et 2016, dont 1 340 ont déclaré un premier cancer (Inserm, 2018). Les consommateurs les plus réguliers de bio présentaient un risque inférieur de 34 % pour le cancer du sein après la ménopause et de 76 % pour les lymphomes (Inserm, 2018).
La formule « le bio réduit le risque de cancer » circule pourtant sans la précaution que les auteurs eux-mêmes imposent. Emmanuelle Kesse-Guyot, directrice de recherche à l’Inrae et coauteure, précise que le lien de cause à effet ne peut pas être établi sur la base de cette seule étude (Emmanuelle Kesse-Guyot, Inrae, 2018). L’Inrae ajoute que les données épidémiologiques disponibles ne suffisent pas, à ce stade, pour conclure à un effet protecteur du bio sur la santé (Inrae, 2018).
Les limites méthodologiques pèsent lourd. Que Choisir relevait que l’incidence des cancers dans l’échantillon était inférieure à la moyenne nationale, y compris chez les personnes qui ne mangent pas bio (Que Choisir, 2018). Les consommateurs réguliers de bio sont aussi plus souvent végétariens et suivent plus souvent un régime pour rester en forme, ce qui brouille la comparaison (Julia Baudry, Inrae, 2015).
Un résultat solide existe pourtant, et il concerne l’argent autant que la santé. L’analyse BioNutriNet de 2019, menée sur 29 210 participants, montre que l’exposition alimentaire aux pesticides diminue à mesure que la part de bio augmente, tandis que le coût du régime grimpe de 7,0 euros par jour chez les plus faibles consommateurs à 8,8 euros chez les plus gros (Julia Baudry, Inrae, American Journal of Clinical Nutrition, 2019).
Les modèles de décomposition de cette étude séparent deux effets. La baisse des impacts environnementaux vient du régime plus végétal des gros consommateurs de bio, alors que la hausse du coût et la baisse d’exposition aux pesticides viennent du bio lui-même (Julia Baudry, Inrae, 2019). Autrement dit, le label bio achète une moindre exposition aux pesticides de synthèse, et l’assiette plus végétale produit à elle seule l’essentiel du bénéfice environnemental.
Les résultats de BioNutriNet fixent la ligne à ne pas dépasser dans un discours honnête : acheter bio réduit l’exposition aux pesticides de synthèse, mais aucune étude citée ici ne permet de promettre une protection contre telle ou telle maladie. Payer le bio là où il réduit réellement l’exposition, plutôt que d’acheter une promesse sanitaire globale, constitue donc le calcul le plus rationnel pour un budget serré.
Bio ou local : quel critère pèse le plus sur la santé et sur le budget ?
Un produit local n’est pas forcément bio, et un produit bio n’est pas forcément local : les deux mentions répondent à des promesses différentes. Le bio garantit un mode de production sans pesticides de synthèse, le local garantit une distance, et aucun des deux ne garantit à lui seul un prix bas.
Le préjugé du bio importé reste largement faux : 72 % des produits bio consommés en France sont d’origine française (Agence Bio, 2026). Acheter bio revient donc, dans près de trois cas sur quatre, à soutenir une agriculture française.
L’origine compte pourtant pour une raison que les étiquettes ne disent pas : les règles de protection des cultures varient d’un pays à l’autre. L’acétamipride, un insecticide néonicotinoïde interdit en France depuis 2020, reste présent dans de nombreux produits alimentaires importés, comme les pêches et les noisettes (Que Choisir Ensemble, 2025). La loi Duplomb a failli rouvrir la porte à cette substance dans les champs français, avant que le Conseil constitutionnel ne censure partiellement le texte et ne maintienne l’interdiction (Que Choisir Ensemble, 2025).
Le cas de l’acétamipride oblige à hiérarchiser. Pour les aliments très exposés aux résidus, comme le céleri, la cerise, la pêche ou le raisin, un produit bio français cumule la protection recherchée et une origine identifiable. Pour les aliments rarement concernés, comme l’oignon, le chou-fleur ou la betterave, un produit conventionnel local de saison offre le meilleur rapport entre prix et fraîcheur.
Un producteur en vente directe peut répondre à des questions qu’aucun rayon ne traite. Sur un marché ou dans un magasin de producteurs, trois questions suffisent : quels traitements ont été appliqués, à quelle date la récolte a eu lieu, et quel est le statut de l’exploitation, certifiée bio ou en conversion. Un maraîcher non certifié qui pratique une culture raisonnée et vend à prix juste peut offrir une garantie différente, mais celle-ci repose sur la confiance et non sur un label.
Le critère décisif dépend donc de l’aliment, de la saison et du circuit, pas d’une règle unique. Un fruit local conventionnel très traité ne vaut pas mieux qu’un fruit importé aussi traité, et un légume bio hors saison venu de loin peut cumuler prix élevé et empreinte de transport.
Le circuit court coûte moins cher que la grande distribution, surtout pour le bio
Le circuit court est un mode de commercialisation qui limite à un seul intermédiaire au maximum la distance entre le producteur et le consommateur, ce qui réduit les marges de revente et laisse au producteur une part plus élevée du prix final (ministère de l’Agriculture, définition officielle).
Une enquête de Que Choisir Ensemble menée fin 2023 sur une sélection de 28 fruits et légumes de saison chiffre le panier mensuel conventionnel à 104 euros en circuit court contre 110 euros en grande surface (Que Choisir Ensemble, 2023). Le panier bio affiche 127 euros en circuit court contre 144 euros en grande surface, soit un écart de 17 euros (Que Choisir Ensemble, 2023). Sur un an, les prix des rayons de supermarché ont gagné plus de 10 %, contre environ 4 % chez les producteurs qui vendent en direct (Que Choisir Ensemble, 2023).
Le circuit court n’est pas une garantie de prix bas produit par produit. Une enquête antérieure de l’association sur 406 points de vente en circuit court montrait que l’ail et l’oignon coûtaient 13 % à 20 % de plus en grande distribution, alors que les carottes et les poireaux coûtaient 10 % à 20 % de plus en circuit court (Que Choisir, 2022). Sur le bio, l’écart entre conventionnel et bio atteignait environ 25 % en grande distribution, contre 9 % seulement en circuit court (Que Choisir, 2022).
L’AMAP est une forme particulière de circuit court. Une AMAP, association pour le maintien d’une agriculture paysanne, relie un groupe de consommateurs à un producteur local par un contrat de panier payé à l’avance, ce qui garantit un revenu au producteur et des légumes de saison à prix fixe.
Une étude menée en 2025 par l’AMAP La Blette Humaine compare le panier fixe à 28,50 euros avec son équivalent acheté en magasin bio, évalué à 29,61 euros d’après les prix du Réseau des nouvelles des marchés (Réseau AMAP Île-de-France, 2025). L’économie annuelle atteint près de 60 euros, un gain modeste que les maraîchers expliquent en partie par une saison de tomates ratée en 2025 (Réseau AMAP Île-de-France, 2025). Une comparaison réalisée par les Paniers Marseillais chiffre l’économie annuelle entre 118 et 660 euros, selon que l’on compare l’AMAP au conventionnel d’hypermarché ou au bio de magasin spécialisé (Réseau AMAP Île-de-France, 2025).
Le contrat d’AMAP impose un engagement de plusieurs mois et un paiement anticipé. Cette contrainte rebute certains ménages, mais elle explique le prix fixe du panier et la stabilité du revenu du producteur. Pour trouver un point de distribution, l’annuaire du réseau des AMAP et celui de l’Agence Bio recensent les producteurs, et les groupements régionaux de la Fédération nationale d’agriculture biologique peuvent orienter vers une ferme proche.
Les magasins de producteurs et les marchés complètent l’offre pour les ménages qui refusent l’engagement d’un contrat. Comparer le prix au kilo de trois ou quatre produits sur place, avant de tout acheter au même endroit, reste le test le plus fiable.
Le vrac ne fait économiser de l’argent que sur le bio, pas sur le conventionnel
Le vrac coûte moins cher que le préemballé pour les produits bio, avec des écarts de 4 % à 22 % (ADEME et Institut national de la consommation, 2021). Pour les produits conventionnels, le vrac revient le plus souvent plus cher que le préemballé (Institut national de la consommation, 2021).
Les magasins bio proposent le vrac le moins cher, devant les grandes surfaces, explique Chloé Liard, directrice des opérations et du développement du Réseau Vrac et Réemploi (Chloé Liard, Réseau Vrac et Réemploi, 2025). Les exemples chiffrés par l’Institut national de la consommation en 2022 montrent des amandes bio 20 % moins chères en vrac, des lentilles vertes bio 17 % moins chères et un riz long blanc bio 13 % moins cher dans les magasins bio (Institut national de la consommation, 2022).
Le vrac comporte une limite que les enseignes mentionnent peu. Les pertes de produits en magasin sont trois fois supérieures en vrac qu’en préemballé, selon l’état des lieux de l’ADEME (ADEME, 2021). Pour le consommateur, l’intérêt réel tient à la quantité exacte : on achète 200 grammes de lentilles, pas un sachet de 500 grammes qui finira au fond d’un placard.
Les rayons à viser sont ceux où l’écart est le plus net : légumineuses sèches, céréales, riz et fruits à coque en magasin bio. Comparer le prix au kilo affiché sur l’étiquette reste indispensable, car l’écart varie d’une enseigne à l’autre.
L’achat groupé prolonge la logique du vrac. L’association VRAC, pour « Vers un réseau d’achat en commun », a été fondée en 2013 et a ouvert son premier groupement d’achat dans le quartier de La Duchère, à Lyon (association VRAC, 2013). Son pari consiste à proposer du bio à bas prix dans les quartiers populaires en mutualisant les achats.
Un test simple s’impose avant de remplir ses bocaux : relever le prix au kilo en vrac et en préemballé pour trois produits de base, par exemple les lentilles, le riz et les amandes. Le résultat indique si le vrac vaut le déplacement dans le magasin concerné, et il évite de supposer qu’un produit sans emballage coûte forcément moins.
Votre poubelle coûte presque autant que le surcoût du bio
Un Français jette en moyenne 30 kilos de nourriture par an, soit environ 100 euros par personne (ADEME). Pour un ménage de 2,3 personnes, la taille moyenne retenue par Que Choisir Ensemble, ce calcul simple donne environ 230 euros, un montant du même ordre que les 272 euros de surcoût d’un panier annuel de fruits et légumes bio (calcul d’après ADEME et Que Choisir Ensemble). Quelques changements d’habitudes peuvent retirer 15 kilos de ce gaspillage, d’après la même infographie (ADEME).
Les légumes arrivent en tête des aliments gaspillés avec 31 %, devant les liquides (24 %) et les fruits (19 %), d’après le guide de l’ADEME sur le gaspillage alimentaire (ADEME, guide sur le gaspillage alimentaire). Acheter davantage de fruits et légumes sans organiser leur consommation revient donc à acheter davantage de gaspillage. Les aliments frais, bio ou non, restent les plus périssables du panier.
L’opération Zéro Gâchis Académie fournit un cas concret. Les foyers participants ont réduit leur gaspillage de 59 %, de 25,5 à 10,4 kilos par personne et par an, soit environ 30 repas économisés, d’après le compte rendu de l’ADEME (ADEME, Zéro Gâchis Académie).
La liste de courses et le plan de repas constituent les deux outils les moins chers à installer. Un menu de la semaine, bâti autour des légumes de saison achetés en circuit court, évite l’achat d’impulsion et le sac de salade oublié au fond du réfrigérateur. La congélation, les soupes, les bocaux et les conserves maison prolongent la vie des légumes achetés en abondance.
Les légumineuses sèches complètent cette stratégie parce qu’elles figurent parmi les protéines les moins chères du marché et se conservent longtemps. Les lentilles triplent de volume à la cuisson, et un sachet de lentilles bio acheté en vrac nourrit plusieurs repas. L’analyse BioNutriNet de 2019 attribue d’ailleurs la baisse de l’empreinte environnementale à l’assiette plus végétale plutôt qu’au label bio (Julia Baudry, Inrae, 2019).
Le persil offre un dernier exemple. Le persil non bio contient au moins un résidu de pesticide dans 88 % des échantillons analysés (Que Choisir Ensemble, 2025). Quelques pieds d’herbes aromatiques, de tomates ou de courgettes cultivés sur un balcon ou dans un jardin évitent d’acheter les produits les plus exposés aux résidus ou les plus lourdement surmargés.
Par où commencer pour que votre prochain panier bio et local coûte moins cher ?
Manger local et bio malgré l’inflation alimentaire demande de changer de circuit avant de changer de menu. En août 2026, les produits frais affichaient 5,9 % de hausse sur un an (Insee, août 2026), et le surcoût annuel d’un panier de fruits et légumes bio atteignait 272 euros pour un ménage moyen, dont 57 % partaient en surmarge (Que Choisir Ensemble, mai 2026). Le bio pas cher existe, mais il se trouve rarement dans les rayons où la marge est la plus élevée.
La première étape consiste à relever, dans deux ou trois lieux de vente, le prix au kilo de cinq produits de saison, en bio et en conventionnel. La deuxième étape réserve le budget bio aux aliments les plus exposés aux résidus, comme le céleri, la cerise, la pêche, le raisin, la poire et la fraise, et laisse en conventionnel local l’oignon, le chou-fleur ou la betterave. La troisième étape teste un circuit court, AMAP ou magasin de producteurs, pendant un mois, avec le prix au kilo comme seul juge.
La quatrième étape installe le vrac bio pour les produits secs et une liste de courses pour réduire les 100 euros par personne que le gaspillage coûte chaque année (ADEME). Manger bio pas cher n’exige donc ni sacrifice ni dogme : il exige de savoir qui encaisse la différence. Les enseignes ne publieront pas ces comparaisons à votre place, mais les relevés de prix, le calendrier de saison et l’annuaire des AMAP sont à la portée de chacun. Votre prochain passage en caisse est le meilleur moment pour commencer : notez le prix au kilo, comparez, puis changez de circuit pour la première fois.
